Les 15èmes Journées Nationales de Médecine Générale – Édition 2024

1. L’aube scientifique (7h30 – 9h00)

Dès 7h30, l’atmosphère feutrée du hall de l’Hôtel Laico est brisée par un flux continu de médecins généralistes venus des quatre coins du pays. Ils franchissent les portes vitrées, certains encore le badge de leur cabinet autour du cou, d’autres serrant contre eux leur sac en bandoulière contenant leur ordinateur portable et leurs notes. L’accueil est orchestré par une équipe de jeunes volontaires en blouse blanche qui distribuent les badges nominatifs et les programmes cartonnés de la journée. Le café turc intense et les petits pains à la zlabia sont servis sur des tables dressées à la hâte, tandis que les premiers échanges fusent : « Tu as lu le nouveau guide du diabète ? », « La circulaire de la CNAM est passée hier, ça va encore impacter nos ordonnances… ».

Dans la salle plénière, les techniciens effectuent les derniers réglages des micros et des écrans géants. Sur l’écran central, le logo de l’événement tourne en boucle : un caducée stylisé entouré du drapeau tunisien et de l’inscription « SIMGT » (Société Internationale de Médecine Générale – Tunisie).

2. L’ouverture solennelle (9h00 – 10h30)

À 9h précises, le Professeur Khaled Ben Salah, président du comité scientifique, monte sur l’estrade. Il porte un costume sombre et des lunettes à fines montures. D’une voix grave mais chaleureuse, il salue l’assistance, remerciant les représentants du Ministère de la Santé présents au premier rang. Le discours d’ouverture est ponctué de chiffres : « La Tunisie compte aujourd’hui plus de 8 000 généralistes, mais nous sommes confrontés à une pénurie criante dans les zones rurales du Kef et de Kasserine. » Il évoque la nécessité de « réinventer la médecine de premier recours » face au vieillissement de la population et à l’explosion des maladies chroniques.

L’hymne national résonne, suivi d’une minute de silence en hommage aux médecins décédés durant l’année écoulée. L’ambiance est à la fois recueillie et électrique.

3. La session plénière : le cœur clinique (10h30 – 12h30)

La lumière s’atténue, les projecteurs se braquent sur le pupitre. Le Dr. Amira Kallel, une généraliste de Sfax à la chevelure bouclée et au sourire franc, prend les commandes de la première conférence intitulée : « Prise en charge de l’insuffisance cardiaque en ambulatoire : l’ère du SGLT2 ».
Elle projette un diaporama dense avec des courbes de survie et des algorithmes décisionnels. Elle alterne entre le français médical et l’arabe dialectal pour expliquer les posologies, alertant sur les interactions médicamenteuses chez les patients âgés polypathologiques. Dans la salle, les stylos griffonnent frénétiquement sur les blocs-notes. Un médecin de Nabeul lève la main : « Docteur, mais avec le Ramadan et le jeûne, comment gérez-vous l’ajustement des diurétiques ? » Un débat technique et passionné s’engage, sous l’œil bienveillant du modérateur qui doit couper court pour respecter l’horaire.

4. La pause networking et l’exposition industrielle (12h30 – 14h00)

La pause déjeuner est un ballet incessant. Le buffet est dressé dans le hall adjacent : salades tunisiennes, tajine au poulet, bricks à l’œuf et pâtisseries orientales. Mais on ne mange pas sans discuter. Les groupes se forment naturellement autour des stands des laboratoires pharmaceutiques. Des délégués médicaux en costumes cravates animent des quiz sur les nouvelles molécules antibiotiques et distribuent des stylos publicitaires, des blouses jetables et même des tensiomètres dernier cri.

C’est le moment privilégié des échanges informels. Le Dr. Youssef, un jeune généraliste de Tunis, interpelle un confrère plus âgé de Gafsa : « Alors, la télémédecine, ça marche vraiment chez vous ? » La réponse fuse, entre anecdotes de cabines de déserts et photos de consultations via WhatsApp envoyées sur les téléphones portables.

5. Les ateliers pratiques (14h00 – 16h00)

L’après-midi est consacré aux ateliers immersifs, répartis dans les salles annexes.

  • Atelier 1 (Salle Jupiter) – Échographie clinique : Une dizaine de médecins sont attablés autour de mannequins. Le formateur, un expert en échographie, guide leurs mains pour poser la sonde sur les reins et la vessie d’un modèle. Les écrans affichent des images en niveaux de gris ; les participants s’exercent à repérer une hydronéphrose, sous les conseils techniques du formateur qui scrute leurs gestes.
  • Atelier 2 (Salle Saturne) – Urgences pédiatriques : Ici, c’est la simulation haute-fidélité. Un poupon connecté à un moniteur se met soudain à simuler une détresse respiratoire aiguë. Le Dr. Sami Ben Amor, pédiatre, crie des instructions : « Ventilez ! Préparez l’adrénaline ! » Les généralistes en formation enchaînent les gestes de réanimation, le stress perceptible sur leurs visages concentrés, la sueur perlant sur leurs fronts sous la lumière des néons.

6. La session politique et administrative (16h00 – 18h00)

Retour en salle plénière pour une table ronde tendue. Le sujet brûlant : « La nouvelle convention entre la CNAM et les médecins libéraux ». Le directeur de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie est confronté à une salle remuante. Les généralistes, debout pour la plupart, l’interpellent : « On nous demande de faire de la prévention, mais on ne nous paie pas pour ça ! », « Les consultations ne sont pas revalorisées depuis 5 ans ! ». Les échanges sont vifs, presque houleux. L’assistance tape du poing sur les tables en bois. Le président de séance joue les arbitres, micro à la main, tentant de calmer les esprits en rappelant « l’esprit de partenariat ».

7. Le point presse et les abstracts (18h00 – 19h00)

La tension retombe pour la session des communications libres. Cinq jeunes médecins généralistes montent à la tribune pour présenter leurs travaux de recherche. L’une d’elles, venant de Monastir, expose ses données sur le « Dépistage du mélanome dans la région du Sahel ». Ses chiffres sont projetés, ses photos cliniques défilent. La salle, fatiguée mais attentive, pose des questions pointues sur la méthodologie. Les meilleures communications seront récompensées par une bourse de formation.

8. La clôture et le cocktail (19h30 – 21h00)

Alors que le soleil se couche sur la méditerranée visible depuis les baies vitrées, le Professeur Ben Salah déclare la session close. Il remercie les sponsors et annonce les dates de la prochaine édition. Un tonnerre d’applaudissements éclate.

Les lumières s’éteignent partiellement sur la scène pour laisser place à un cocktail dînatoire dans le jardin de l’hôtel. L’ambiance se détend enfin. Les blouses sont retirées, les cravates dénouées. On rit, on échange des cartes de visite, on promet de s’appeler pour des collaborations ou des remplacements. Les sonorités d’une musique orientale douce enveloppent l’assemblée. Les médecins repartent, chargés de sacs de documentation, le carnet de prescription rempli de nouvelles idées, le moral nourri par cette journée de partage scientifique et humain. La dernière image est celle de quelques confrères qui, debout près du bar, refont le monde de la santé tunisienne autour d’un thé à la menthe, bien après que les techniciens aient commencé à ranger le matériel.

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